Anne de Kiev, reine des Francs ( 1051-1061)

Chronique no 18.

Dans la guerre informationnelle que nous livre la Russie de Poutine en France, dans le conflit russo-ukrainien, il est constant de rappeler la vieille amitié qui existe depuis plus de deux siècles entre la Russie et la France. Mais il est utile de rappeler au Français, que la relation franco-russe a commencé il y a plus de mille ans avec une princesse… ukrainienne, car il y a mille ans, Moscou n’existait pas et Kiev alors était au fait de sa puissance!

Henri Ier cherche une épouse !

Henri est le petit-fils d’Hugues Capet, fils de Robert II, roi qui eut maille à partir avec l’Eglise du fait de son mariage avec Berthe de Bourgogne, veuve de Eudes de Blois mort en 996. L’Eglise considérait cette union comme incestueuse. Cette union fut sans postérité ce qui amena Robert II à s’en séparer pour épouser Constance d’Arles, la mère de Henri. Henri n’était pas destiné à la couronne mais le décès prématuré de son frère ainé Hugues mort en 1025 le propulse à la tête du royaume en 1031 à la mort de son père Robert malgré l’hostilité de sa mère qui lui préférait son fils cadet Robert. Il est vrai que sa réputation n’est pas excellente ; l’évêque d’Orléans, Odalricus1, dans une lettre à son collègue de Chartres, Fulbert, le qualifie de : « dissimulé, indolent, efféminé, porter à négliger les intérêts de son père »2. Nous sommes loin de la définition du chef franc conquérant tels que le pensaient les Mérovingiens et Carolingiens. Mais visiblement, la notion royale depuis Pépin le Bref s’est en quelque sorte institutionalisée dans les mentalités de l’époque. Et les puissants tiennent à la transmission héréditaire pour le roi comme pour leur propre domaine. A condition d’avoir des fils. Henri Ier sans enthousiasme donc se met à la recherche d’une épouse. Et le mariage est un puissant moyen diplomatique pour nouer des alliances. Le roi des Francs de 1031 est faible, face à des vassaux souvent bien plus riches que lui, comme celui des Flandres, Baudoin IV, oui celui de Normandie, Robert 1er. Et il est face à l’empereur germanique Conrad II, héritier de l’empire de Charlemagne. On ne peut comparer sa puissance à celle du petit domaine du roi des Francs. Conrad a ceint en sus de son empire en 1032 la couronne du royaume de Bourgogne, c’est-à-dire, la Provence, le Bugey, Lyon, le Jura, la Suisse. Aussi Henri, subit- il plus les alliances qu’il ne les suscite. Sa première tentative se porte sur une Mathilde, fille de Conrad II, l’empereur. Elle a 6 ans au moment de l’union à Deville sur la Meuse dans les Ardennes en 1034. Elle décède peu de temps après. Puis son choix se porte en 1040 sur Mathilde de Frise, petite-fille de Gisèle de Souabe, épouse en troisièmes noces de Conrad II l’empereur. Malheureusement, si l’union a bien été consommée en 1040, Mathilde meurt en 1044 et sa fille de cette union, de même. Henri a 36 ans et est toujours sans héritier. Il a alors porté son choix incroyable sur Anne de Kiev.

L’immense principauté de Kiev, la Constantinople de l’est.      

Le dixième siècle est celui de la christianisation des peuples slaves à l’est de l’Europe carolingienne. Il y a même une compétition entre l’Eglise romaine et Byzantine pour la christianisation de ces peuples. Ainsi les Polonais, les Tchèques, et plus tard les Croates sont fidèles à l’Eglise romaine, alors que les Russes, les Bulgares, et les Serbes sont évangélisés sous l’autorité du Patriarche de Constantinople. Cyrille et Méthode au IXe siècle ont même développé une liturgie en langue slave et dans l’écriture cyrillique.           

Ainsi l’Europe chrétienne se développe bien au-delà de l’espace franc, et souvent la christianisation apporte une sécurité pour ces nouveaux pays face à l’agressivité de l’empire germain issu des Ottoniens.

L’ethnogenèse de la principauté de Kiev est tant endogène qu’exogène. En effet ce peuple est constitué des tributs slaves locales mais intégrés dans une domination varègue à savoir viking. Cet immense pays s’est développé grâce aux routes commerciales que constituent les fleuves qui le traversent, le Dniepr et le Don pour les principaux et qui relaient la mer Noire à la Baltique. Ce sont les vikings qui ont ouvert ces voies commerciales, permettant au monde grec et perse de commercer avec les pays du Nord. C’est le Grand-Père de Anne de Kiev, Vladimir ( 958-1015) qui accepte le baptême pour lui et son peuple en 988. Il conquiert le trône de Novgorod et de Kiev les deux grandes villes marchandes de la principauté. Son fils, Iaroslav 1er dit le sage (1016-1054), a consolidé sa principauté, et surtout noué un réseau de relations impressionnant avec les pays européens qui bordent sa principauté, grâce à une politique matrimoniale très active. Ainsi, sa sœur, Maria Dobroniega a épousé Casimir 1er, roi de Pologne, ses filles, Anastasia André 1er roi de Hongrie, Elisabeth Harald III Hardrada, roi de Norvège, ses fils, Izialav épouse Gerturde, la sœur de Casimir, Sviatoslav, Oda von Stade de la famille des margraves de la marche du Nord, entre l’Elbe et l’Oder, et enfin Svevolod son dernier fils épouse Zoé Monomaque, la fille de l’empereur de Byzance, Constantin IX. Lui-même est marié avec Ingibert, fille du roi de Suède, Olof Skötkonung III. Ainsi, par sa politique familiale, Iaroslav a tissé avec toute l’Europe de l’Est chrétien et l’empire byzantin, un réseau diplomatique conséquent, qui encourage le commerce et ouvre son pays à tous les échanges en provenance de l’empire germanique. Kiev est une cité décrite avec éloquence par Adam de Brême, contemporain de cette époque3. Il la considère comme la rivale de Constantinople en Grèce.  Pour autant l’acceptation de Iaroslav de céder sa fille Anne à un souverain franc de l’ouest très éloigné peut paraitre surprenant pour ce prince réputé sage. On ne connait pas ses motivations. Et les sources se taisent à ce sujet. Peut-être par ce choix, exprime t’il le désir d’attacher son territoire à cet occident en formation ?

La cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, fondée par vladimir le Grand en 1030.

Le choix d’Henri.

Pour autant, rares sont ceux qui connaissent la grande principauté de Kiev dans le royaume des francs4. Comment donc Henri a-t-il pu avoir l’idée de s’allier une princesse de cette principauté distante de plus de 2400 km de Paris ? Un indice nous met sur la voie de la manière avec laquelle Henri a pu connaitre l’existence de cette lointaine princesse : Casimir 1er roi de Pologne, est momentanément chassé de son pays. Il se réfugie en France dans l’abbaye de Cluny en 1042, où il prononce des vœux définitifs de moine. Une délégation de Polonais souhaite son retour et obtient du pape, Benoit IX la rupture de ses vœux. Il rentre en Pologne en 1043 et se marie avec la tante d’Anne de Kiev, Maria Dobroniega, sœur de Iaroslav. Casimir a donc pu faire le lien entre Henri et Iaroslav, en voyant l’intérêt pour renforcer l’alliance entre la Pologne et l’Ukraine, d’introduire un tiers royaume certes lointain mais à la notoriété chrétienne très puissante chez ces récents convertis chrétiens de l’est.

Mais quels sont ses motivations ?   

Caix de Saint Aymour5 considère qu’ Henri, traumatisé par l’expérience de son père Robert II, il a été excommunié du fait de son mariage avec Berthe de Bourgogne dont il avait un ancêtre commun, Henri l’Oiseleur6, ait cherché une épouse la plus lointaine possible pour éviter la même mésaventure, tant les familles aristocratiques européennes du XIe siècle pratiquaient l’endogamie. En effet, l’Eglise au XIe siècle sous l’impulsion du pape Grégoire VII est en pleine réforme grégorienne et cherche à contrôler les mariages des rois et empereurs, afin d’asseoir sa domination sur la société médiévale. Elle considère donc qu’un prince ou puissant ne peut contracter un mariage sans son accord7. La règle des 7 degrés de parenté était un puissant moyen pour l’Eglise d’intervenir dans le domaine temporel. L’argument me parait toutefois très excessif et ne peut justifier une recherche d’une princesse à 2500 km de Paris. Robert-Henri Bautier8 évoque des raisons plus politiques. Jusqu’en 1045, la politique d’Henri Ier était de rechercher l’alliance de l’empereur germanique, Conrad II pour contrer les ambitions de ses puissants vassaux, tel Eudes de Blois qui s’était révolté plusieurs fois contre Henri. Mais en 1037, Eudes de Blois meurt et Henri III, l’empereur, fils de Conrad II confirme sa domination sur le royaume de Bourgogne9 en ceignant la couronne dès 1034, ce qui est une nouvelle menace pour le faible roi capétien. Après un projet de mariage et un mariage germaniques, sans enfants, Henri cherche donc une autre alliance qui pourrait contenir la puissance germanique. Il soutient les révoltes des vassaux du royaume de Bourgogne contre Henri III, et s’allie au puissant comte des Flandres, Baudouin V dit de Lille. Ce vassal de Philippe et aussi vassal de Henri III au titre du margraviat de Valenciennes. Son ambition dépasse largement les limites du royaume de Philippe, et se porte vers l’est, tant vis-à-vis de la Frise que de la basse Lotharingie, à savoir Bruxelles. Peut-on prêter à Henri Ier, ce faible roi indolent, et présenté comme peu viril, une capacité à imaginer une réflexion géopolitique qui dépasse ses préoccupations quotidiennes de maintien de son autorité dans son propre royaume ? La réponse est oui. Car, il n’est pas besoin d’une grande intelligence politique pour comprendre la nécessité pour les petits états limitrophes de l’empire germanique de construire une stratégie de contournement de l’ogre germain. C’est plutôt une nécessité commandée par un instinct de survie. Casimir 1er de Pologne, en exil provisoire à Cluny, en 1042, lui aussi vassal de l’empire, et allié de l’Ukraine, en éprouve autant la nécessité. Ainsi dés le XIe siècle, il existe une constante dans la diplomatie européenne et qui perdure jusqu’à nos jours, c’est cette alliance naturelle entre la France, la Pologne, et la Russie, pour contenir les puissances centrales de l’Europe.

Henri envoie donc une ambassade en 1049 à Kiev, emmenée par l’évêque de Meaux Gautier et Gasselin de Chauny, suivie d’une seconde mission dirigée par l’évêque de Châlons, Roger, pour ramener la princesse. Il faut imaginer en l’absence de sources, ce voyage d’au moins trois mois, empruntant les routes commerciales connues et fréquentées avec des haltes aménagées pour le repos des voyageurs et commerçants. De Kiev, Anne a pu rejoindre aisément Cracovie, où son oncle par alliance Casimir 1er a dû la recevoir. Puis de Cracovie, elle gagna Prague, et delà Ratisbonne, en Bavière, passage classique pour rentrer dans l’empire germanique. Puis Mayence, et de là Metz ou Verdun en Lorraine, avant de rejoindre Reims.

Anne, reine de France et régente de France

Echange de consentements entre Anne et le roi Henri Ier. Enluminure ornant les Chroniques de France ou de Saint-Denis ( 1332-1350)

Le mariage est donc célébré à la Pentecôte 1051 à Reims, le 19 mai. Bien que chrétienne de l’Eglise de Constantinople, la célébration n’a pas nécessité de liturgie particulière, le schisme des deux Eglises n’ayant eu lieu qu’en 1054. N’apportant pas de domaines comme dot, on suppose qu’elle apporta de cadeaux plus ou moins somptueux dont un bijou, l’hyacinthe d’Anne, que son petit-fils Louis VI offrit à Suger pour monter le reliquaire de la Sainte-Epine à Saint-Denis. Anne remplit sa mission à savoir donner des fils à Henri Ier, démentant par la même les accusations de son manque de virilité. De l’union, naquit le futur Philippe Ier, Hugues de Vemandois, Robert de France10 et Emma. Pour autant, le mariage fut il heureux ? Certainement pas. Car pendant les neuf années de son mariage, pas un seul diplôme ni source n’évoque la présence de la reine, pas même le jour du sacre de son fils Philippe Ier, le 29 mai 1059. Cependant la santé déclinante de son mari Henri, nécessite son intervention dans deux diplômes, une en 1058 relatif à une donation à l’abbaye de Saint-Maur des Fossés, et une autre concernant une cession d’une église à l’abbaye de Coulombs. Henri meurt le 4 aout 1060. Anne devient régente du royaume avec son beau-frère, Baudoin V, Philippe Ier n’ayant que huit ans. Pendant toute l’année 1060 et le début 1061, elle participe aux actes du gouvernement en les souscrivant, et participe à une tournée avec Baudouin et son fils de ses domaines. Mais à partir de 1062, plus rien, elle disparait des actes. C’est qu’entre temps, Anne est partie convolée en noces peu justes selon les canons de l’Eglise.

Anne, amoureuse.

On sait que le mariage à cette époque est une affaire d’alliance entre familles, et plus exactement entre pères. Il ne peut être question d’amour. Et l’union d’Anne avec Henri de 16 ans son ainé, a pu ne pas la satisfaire sur le plan de sa plénitude féminine en dépit des trois enfants qu’elle lui a donnés. Vers la fin de la vie d’Henri, qui est mort à l’âge de 52 ans, elle en a 36. Et on ne peut la blâmer de porter des regards sur des aristocrates ambitieux et jeunes qui fréquentent la cour royale. Raoul IV de Valois est un de ceux-là. C’est un puissant. Un de ses aïeux a épousé Gisèle, une fille de l’impératrice Judith et de l’empereur Louis le Pieux. Il est dans le camp opposé à Henri dans les premières années du règne, mais il change de partie à partir de 1041 et devient proche du roi. Son premier mariage est rocambolesque car il n’hésite pas à recourir à la violence pour atteindre ses objectifs. Il rapt sa première épouse, Adèle, comtesse de Bar sur Aube, trois fois veuve malgré l’opposition des vassaux. Il a cinq enfants. Mais Adèle meurt en 1051. Insatiable il se met en chasse d’une nouvelle dot. Il se remarie avec Aliènor Hannequez, héritière de Montdidier et de Péronne. A la fin du règne, il est omniprésent à la cour, et appose sa signature sur de nombreux actes de gouvernement. On peut supposer qu’Anne commença sa liaison avant la mort du roi. Elle reçoit curieusement en 1059 une lettre du pape Nicolas II, qui l’exhorte à convaincre son royal époux à maintenir l’Eglise en son état. Dans cette société patriarcale, il est rare que l’on confie à une femme un tel rôle politique. Mais, une exhortation sibylline du pape pourrait concerner sa probable liaison. : « Car comment pourraient-elles prétendre aimer leurs maris, ces femmes qui n’aiment en eux que les vases fragiles de leurs corps (comme le dit l’Apôtre : « nous portons ce trésor dans des vases d’argile »), et négligent l’or de leurs âmes ? Elles n’embrassent que ce que les vers dévorent dans les tombes, et méprisent follement ce qui, incorruptible, est réservé dans les cieux comme une gloire éternelle »11. L’archevêque de Reims Gervais de Bellême, aurait pu prévenir le nouveau pape des rumeurs qui courent à la cour. La même année, l’archevêque sacre son fils Philippe 1er . Et la chronique ne relève pas la présence de la reine lors de la cérémonie. En 1060 le 4 aout, Henri Ier meurt. Anne est citée dans les actes de gouvernement comme régente avec Gervais, l’archevêque et Boudouin V des Flandres. Un de ses actes est même signé de sa main en langue slavonne12. Puis elle disparait des sources à partir de 1062. Elle s’est mariée avec Raoul IV du Vexin.

Autographe de la reine Anne de Kiev, en salvon.

Scandale à la cour.

Raoul à quarante ans est dans la force de l’âge. Petit comte de Valois, parti de sa petite forteresse de Crépy, il a cumulé plusieurs héritage et dots issus de ces précédentes femmes. Logiquement il est marié à Aliénor Hannequez. Il la répudie, mais garde les deux forteresses issues de son douaire, Péronne et Montdidier. Son domaine part du Vexin, d’Amiens, et rejoigne les domaines de sa première épouse Adèle de Bar sur Aube. Il pense en épousant la reine, qui dispose de revenus subséquents comme reine de France13, devenir un seigneur puissant dont les terres séparent ceux du roi et du comte des Flandres. C’est un mauvais calcul, car la réaction va être considérable et lui coute une disgrâce du nouveau roi Philippe Ier et de son tuteur, Baudoin des Flandres le régent. En effet, son mariage est jugé scandaleux. Ce n’est pas le principe du remariage de la veuve qui est condamné. Bien au contraire, l’Eglise recommande de ne jamais laisser des femmes seules. Une bonne veuve est soit remariée, soit entre au couvent. Trois raisons cependant vont amener à prendre à l’égard de Raoul une mesure d’excommunication :

  1. Il y aurait un cousinage entre le comte Raoul et Henri Ier au 4e degré14.
  2. L’Eglise ne reconnait pas la répudiation d’Alienor, qui s’en est plainte auprès du Pape. Raoul est donc considéré comme bigame.
  3. La reine Anne abandonne ses enfants et donc la régence du royaume.

  Nicolas II étant mort en juillet 1061, c’est Alexandre II son successeur qui demande à la requête de Gervais de faire une enquête. Et selon la chronique de Sens, il fut effectivement excommunié.

Retour en grâce et fin de vie d’ Anne

Abbaye de Saint Vincent de Senlis, vue aérienne

En 1067, Baudoin et l’archevêque Gervais meurent et Philippe a l’âge requis pour gouverner. Mais Philippe semble garder un ressentiment à l’égard de sa mère et de son beau père. Ce n’est qu’en 1070 ; que Raoul reparait à la cour. Visiblement, son nom est de nouveau requis pour la souscription des diplômes royaux. Son retour n’est pas anodin et est certainement lié aux affaires de Flandres ; car en 1070, Bauduin VI successeur de Baudouin V en 1067 meurt. Une guerre civile éclate entre le frère de Bauduin VI, Robert le Frison, et son neveu Arnoul allié à sa mère Richilde. Philippe Ier soutient Arnoul. Robert le frison l’emporte à la bataille de Cassel en 1071. Raoul meurt en 1074 et est inhumé à Montdidier, forteresse spoliée à Aliènor sa seconde femme qu’il a répudiée. Simon son fils, très religieux, souhaite l’avis du pape Grégoire VII, le grand réformateur de l’Eglise. Il exige de « l’extirper de cette terre. » Il est finalement transféré à Crépy en Valois dans la collégiale familiale de Saint-Arnoul. Ses domaines seront éparpillés par ses successeurs mettant fin au rêve de Raoul de constituer une principauté au nord des territoires capétiens.

Tombeau de Raoul IV, Crépy en Valois

Et Anne dans tout cela?

Anne est discrète mais active. On sait en effet que dans les années 1060, elle fonda une nouvelle abbaye à Senlis, qui porte aujourd’hui le nom d’abbaye de Saint-Vincent de Senlis. Dans l’acte fondateur, fidèle à sa religion byzantine, elle dédia cette abbaye à la Sainte Trinité, à la Pieuse Mère de Dieu, Marie et au Précurseur, le surnom byzantin de Saint Jean de Baptiste. Son fils dans un acte daté de 1069 conféra à cette abbaye l’immunité. On sait qu’elle regagna la cour en 1075 après la mort de son mari, puisqu’elle apposa sa signature en tant que mère du roi sur un diplôme. Puis elle disparait définitivement des sources. On pense que sa mort se situe avant 1080.

Conclusion

Le caractère exceptionnel de la nationalité d’ Anne, de son mariage avec Henri, faible roi aux faibles qualités viriles, n’a pas eu d’impact dans la diplomatie européenne ni dans l’évolution du royaume des capétiens. La féodalité est en pleine expansion, et Henri comme son père Robert II, et son fils, Philippe Ier, ont bien eu du mal à en limiter ses effets. Ils ont perdu beaucoup de batailles contre leurs puissants vassaux que cela soit ceux de Normandie ou de Flandres ou du puissant empire germanique. Pour autant, la reine Anne a assuré l’essentiel, à savoir, mettre au monde des héritiers pour la couronne. Mais la perception de son rôle de reine est passé au second plan, dés lors que son mari étant mort, elle considéra que ses sentiments pour un brillant aristocrate prévalaient sur les intérêts d’un royaume qui devait lui apparaitre bien faible par rapport à celui de son père Iaroslav. Peut-être aussi n’a-t-elle vu que son intérêt matériel à s’associer à ce comte plutôt qu’à un statut de régente d’un royaume fragile ? Du reste, seule l’Eglise a réagi vigoureusement à la répudiation de la seconde femme de Raoul, car le mariage est selon les canons de l’Eglise indissoluble. Les chroniques sont restées plutôt bienveillantes à l’égard de la reine comme à celui de Raoul. Il y a dans la mentalité de ces hommes du haut Moyen-Âge, une aptitude bien plus réaliste qu’aujourd’hui on ne pouvait supposer.    


  1. Lettre d’Oldaricus à Fulbert de Chartres, in Recueil des Historiens de France, t.X, Varium espitolae, no 23, p. 504. ↩︎
  2. Chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, dite de Clarius. Chronicon Sancti Petri Vivi Senonensis. Robert-Henri Bautier et Monique Gilles (avec Anne-Marie Bautier),Texte édité, traduit et annoté, Paris, CNRS, 1979.  ↩︎
  3. Adam de Brême, Gesta Hammaburgensis Ecclesiae Pontificum (vers 1070), MGH, Scriptores rerum Germanicarum, in usum Scholarum Separatim Editi. P. 79-81. ↩︎
  4. Les chroniqueurs de Saint-Pierre-le-Vif à Sens, situe Kiev à la frontière nord de la Grèce, et Suger, le ministre de Louis VI parle de Ruthènes. ↩︎
  5. Vicomte Caix de Saint Aymour, Anne de Russie, Reine de France er comtesse de Valois au XIe siècle, Paris 1896. ↩︎
  6. Henri l’Oiseleur, ancêtre des Ottoniens, était le trisaïeul de Robert et le bisaïeul de Berthe, cousin donc au 4e degré selon le droit canonique. ↩︎
  7. Avant la réforme grégorienne, le mariage était uniquement une affaire d’alliance familiale. Le consentement du père était exigé selon les normes du droit romain, qui étaient plus souples sur les règles de consanguinité. ↩︎
  8. Bautier, Robert-Henri. Anne de Kiev, reine de France, et la politique royale au XIe siècle : étude critique de la documentation. 1985. ↩︎
  9. Ne pas confondre avec le duché de Bourgogne. Le royaume de Bourgogne est composé de la Provence, du Bugey, de Lyon, et de la Suisse. Il est issu du démembrement de la Lotharingie qui s’est effectué dés la mort de l’empereur Lothaire 1er, en 856. ↩︎
  10. Il mourut à 9 ans. ↩︎
  11. Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. 11, p. 653-654. Epistola Nicolai II papae, ad Annam. ↩︎
  12. Cet acte est daté de 1063 mais qui après recherche, il fut établi en mai 1061, les cosignataires étant l’Archevêque Gervais, le régent Baudoin, le frère de Philippe Ier Robert Ier de Bourgogne, qui disparut la même année, le comte Raoul et bien sûr la reine. ↩︎
  13. Anne disposait aussi des domaines de Senlis et de Melun.. ↩︎
  14. Selon Robert-Henri Bautier, Raoul et Henri Ier seraient cousins du 4e degré les aïeux des deux cousins ayant épousés deux sœurs de Herbert de Vermandois. Mes recherches démentent cette affirmation. Le seul lien entre les deux familles que j’ai pu établir, remonte à Gisèle, fille de Louis le Pieux et de Judith de Bavière qui a mis dix enfants au monde dont deux filles Heilwis de Frioul et Ingeltrude, ancêtres des deux lignages, cependant du 7e degré, ce qui est interdit théoriquement canoniquement ↩︎

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L'auteur
Léonce Deprez, étudiant en histoire médiévale à la Sorbonne et auteur des Chroniques Léonines
Léonce Deprez
Master 2 — Sorbonne Paris 1

Etudiant en histoire, spécialiste des institutions carolingiennes et de la présence juive dans l’empire (814–877).

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