Chronique no 13
J’ai l’ambition de vous présenter ces européens du IXe siècle qui fréquentent la cour des empereurs et des rois. Ces Puissants, nous le verront sont souvent liés à la famille carolingienne. Ils forment l’ossature du royaume et de l’empire carolingien. Ce sont des Francs, et ils sont donc encore largement dominés par leurs coutumes de guerriers prédateurs, malgré l’emprise de plus en plus dominante de l’Eglise sur leur comportement. Mais après 810, les guerres de conquêtes cessent, et les opérations militaires s’apparentent plus à des opérations de maintien de l’ordre avec plus ou moins de succès. Tant que les conquêtes permettaient de satisfaire l’appétit des Grands par la spoliation des terres des conquis, voire des biens d’églises locales, comme à Lyon, l’empereur pouvait bénéficier d’une certaine stabilité politique des territoires de son immense empire. Mais après la mort de l’Empereur Charlemagne, en 814, Louis le Pieux n’a pu bénéficier de la même stabilité de son entourage, dont les intérêts tant matériels que spirituels vont se dissocier de ceux de l’Empereur.
Ainsi Wala !
Paschase Radbert[1] a fait son épitaphe et l’a cité dans sa vita Adalhardi, « durant l’époque de l’empereur Charles, il avait été d’un grand pouvoir le plus vénérable de tous les puissants qui étaient au palais.[2]». Il serait un cousin de Charlemagne, petit fils de Charles Martel, et demi-frère d’Adalard de Corbie. Il épousa sa petite cousine Chrotlinde, fille de Guillaume de Gellone, comte de Toulouse et de sang royal par sa mère. Son ascendance est donc prestigieuse. C’est surtout après le sacre de Charlemagne en l’an 800, que son rôle politique prend une ascension importante. Il est témoin du testament de Charlemagne en 811. Premier des puissants, il a signé la paix avec les Danois en 811. En 814, il a accepté la succession de Charlemagne pour Louis le Pieux et a entrainé les autres puissants à faire de même[3] pour faciliter la prise de pouvoir de Louis le Pieux [4]. Cependant pour une raison inconnue, il quitte la cour dès 814 en même temps que Adalhard et devient moine à Corbie. En 821, Wala se réconcilie avec Louis et prépare la fameuse séance de pénitence d’Attigny en 822[5]. Wala est envoyé en mission en 822 près de Lothaire. Il est magister imperatoris et procurator regni, la marque d’une grande confiance de Charlemagne vieillissant, en quelque sorte son premier ministre . Il préside un plaid en 824 à Nonantola en Italie. En 828, il devient abbé de Corbie et de Corvey après la mort d’Adalhard, son demi-frère mais aussi son concurrent à la cour. Il est de nouveau le destinataire avec Hilduin d’une lettre d’Agobard sur les esclaves des juifs sans donner suite pour autant. En 826, il assiste au baptême d’Harald Klack au plaid d’Ingelheim. Cependant, il ne suit pas Louis le Pieux dans la gestion de sa succession car Louis veut favoriser son denier fils Charles, qu’il a eu de Judith sa deuxième femme. Il présente un mémoire lors du plaid de Worms en 829. C’est lors de ce plaid que Louis attribue l’Alemanie à Charles. C’est une dénonciation de l’Ordo Generalis de 817. Wala est proche de Lothaire du fait de ses nombreux déplacements en Italie. Devenu abbé de Corbie et de Corvey en 826, il critique la politique de Louis le Pieux. Comme Agobard de Lyon, il considère que l’Empereur trahit l’unité de l’Empire en dépossédant Lothaire de son titre de co-empereur qu’il avait reçu en 817. Il y a un lien étroit spirituel entre la conception unitaire de l’empire et celui du corps de Christ. Et rompre l’ordre de l’empire revient à trahir le Christ. De fait il est passif lors de la première crise entre louis le Pieux et ses fils en 830[6]. Il est exilé en 831 lors du plaid de Nimègue, à Corbie. Lors de la grande crise de 833, il se range dans les rangs de Lothaire et le suivit en exil en Italie en 834. Envoyé en mission par Lothaire, il le représente lors du plaid de Thionville. Et se réconcilie avec l’Empereur, signe de la grande considération qu’il bénéficie à la cour. Il décède en 836 visiblement d’une épidémie de peste qui frappe l’Italie.











