Lors de l’émission sur France 5, ce dimanche 17 mai 2025, l’animateur Thomas Snégaroff a évoqué la rencontre Xi Jimping- Trump en Chine le 14 mai 2026. Notamment, il a focalisé son propos sur la réaction de Trump quand Xi Jinping a évoqué dans son discours le « Piège de Thucydide ». L’image de Trump laissait penser que sur son visage apparaissait une expression d’incompréhension. Et Snégaroff a lancé l’hypothèse que Trump ignorait tout du « Piège de Thucydide ». Il y a en effet une habitude assez détestable dans les médias français de présenter Trump comme un être grossier ( ce qui exacte mais c’est calculé) et ignorant ( ce qui n’est pas exacte mais Trump le laisse croire). Snégaroff est un journaliste agrégé d’histoire et donnant des cours en histoire contemporaine à Sciences Po Paris. Ce qui m’a interpelé c’est l’explication qu’il a donné du piège de Thucydide. Thucydide est, on peut le dire, le premier historien de l’humanité, c’est-à-dire le premier professionnel à rapporter de manière critique des événements historiques. Il est un homme politique grec, stratège né en 460 av. J.-C. et il est célèbre pour son œuvre : « la guerre du Péloponnèse ». Cette guerre opposa Athènes à Sparte de 431 à 404, les deux grandes puissances grecques du Ve siècle av. J-C. Thucydide écrit : « Ce qui rend la guerre inévitable était la croissance du pouvoir athénien et la peur qui en résultait à Sparte ». Dans l’esprit des journalistes, et de Snégaroff, il ne fait pas de doute que la Chine, comme Athènes était la puissance montante et que Sparte, les Usa, la puissance déclinante. Le piège de Thucydide est une conception d’un politologue américain spécialiste des relations internationales Graham Allison, qui a théorisé sur la puissance américaine alors montante dans la deuxième moitié du XXe siècle aux dépends de l’Europe, puissance déclinante. Deux explications dans cette émission m’ont gêné. La première, c’est de présenter Sparte comme la puissance déclinante et Athènes la puissance montante au Ve siècle av. J.-C. En fait depuis 478 av. J.-C. Athènes était la puissance dominante quand elle a pris l’hégémonie de la ligue de Délos. C’était la vraie puissance impérialiste de l’époque avec sa célèbre flotte et dominait toute la méditerranée face à l’empire Achéménide Perse dont elle était vainqueure après les deux guerres médiques. Sparte est toujours resté une puissance grecque continentale. Donc il ne me parait pas très opportun de comparer la Chine à l’Athènes de l’époque et les Etats Unis à Sparte. D’autant plus que le vainqueur de la guerre du Péloponnèse fut Sparte en 404. Donc comparer la Chine à Athènes signifierait qu’elle perdrait la guerre face aux Etats Unis. Après cette guerre, Athènes perdit définitivement sa puissance militaire mais a continué de jouer un rôle majeur dans sa domination culturelle dans le monde au cours des siècles qui ont suivi. Et je ne suis pas loin de penser que Coca cola est la meilleure arme américaine pour dominer le monde. La deuxième gêne que j’ai ressentie dans cette émission, c’est le doute qu’a fait planer Snégaroff sur l’inculture de Trump. Certes Trump n’est pas Mitterrand. Mais je me dois rapporter un autre fait historique peut être ignoré par cet excellent historien Snégaroff. C’est que ce n’est pas la première fois que Xi Jinping évoque le piège de Thucydide devant Trump ; c’était le 6 avril 2017 lors du premier voyage du président chinois aux Etats Unis à Mar a Lago. Et à ce moment là dans l’entourage de Trump, il y avait un conseiller aux affaires militaires qui s’appelle Herbert-Raymond McMaster, général d’armées et spécialiste de Thucydide ( on l’appelait Thucydides buff !). Nul doute que Trump a dû être éclairé à ce sujet. Et qu’il a en

surement gardé le souvenir à ce moment-là. Ainsi, dans la guerre des images comme dans celle des mots, le piège de Thucydide peut se transformer en piège des médias tant les analogies historiques peuvent prêter à la confusion et à la désinformation. En fait le message que Xi Jinping a voulu faire passer à Trump dans cette référence à Thucydide est que la guerre entre puissances dominantes aboutit à l’affaiblissement des deux camps dont un troisième camp comme l’Inde ou le Brésil pourrait profiter. La guerre du Péloponnèse en est un excellent exemple, car les deux puissances grecques ont perdu l’une et l’autre l’hégémonie du monde méditerranéen au profit de la Macédoine, le royaume d’Alexandre moins d’un siècle après.