Voici deux puissances occidentales qui achèvent à la fin du XVè siècle la conquête de la péninsule ibérique sur le monde musulman alors en déclin. La fusion des deux royaumes d’Aragon et de Castille, Ferdinand d’Aragon s’est marié avec Isabelle de Castille en 1469, engendre une nouvelle puissance européenne, l’Espagne. Ces Espagnols et Portugais ont des appétits de grandes puissances européennes que la Méditerranée bloque dans leur réalisation. Le transit méditerranéen est assuré par le monopole italien de Gêne et de Venise, et la route de la Chine qui passe par la péninsule arabique, est contrôlée par les Arabes jusqu’aux Indes. Deux stratégies s’amorcent par les deux nations ibériques:
Les portugais contournent l’Afrique
Les Portugais décident de découvrir la route la plus facile, celle de l’est, en contournant l’Afrique. Il est facile en effet pour des navigateurs de calculer la distance nord sud avec le sextant, en calculant la hauteur du soleil à midi par rapport à l’horizon. Elle indique la parallèle, c’est à dire la latitude. Et les navires ont évolué en volume pour mettre des canons et en technique de voile qui permet de mieux remonter le vent. La caravelle et la caraque sont les nouveaux navires qui permettent la navigation hauturière. La progression des Portugais est lente mais régulière; 1413, Madère, en 1471, l’équateur est franchi. Et enfin en 1488, le cap de Bon Espérance est franchie par Bartolomeo Diaz. Vasco de Gama poursuit l’exploration est atteint les Indes en 1498. Il installe son administration à Goa. Un siècle de domination portugaise s’amorce sur les Indes et l’Indonésie par l’installation de comptoirs sans colonisation de l’hinterland.
Le miracle espagnol
Les Espagnols sont plus tardifs dans leur volonté expansionniste. Il est vrai qu’ils sont plus absorbés de freiner les ambitions françaises en Italie. Aussi recueillent-ils les aventuriers qui sont refoulés par les Portugais. L’un d’entre-eux, un italien, Christophe Colomb propose la route de l’Ouest, plus dangereuse, car on ne connaît pas la technique permettant de calculer la distance est-ouest, celle du rapport au méridien, c’est à dire la longitude. Et mais c’est surtout une façon de contourner le nouveau monopole portugais sur la route de l’Afrique confirmé par le traité d’Alcaçovas de 1479.
Et c’est le miracle espagnol, Christophe Colomb découvre ses Indes, en 1492, quand les Espagnols achèvent la Reconquista, la conquête de la péninsule ibérique sur les Arabes. Très vite, on comprend que c’est un nouveau continent et non les Indes par les l’explorations d’Amérigo Vespucci. Et en 1494, Espagnols et Portugais s’entendent pour partager leur monde, à Tordesillas en 1494, en fixant leur zone respective à 360 lieues à l’ouest des îles du Cap vert pour les Espagnols, à l’est de ce méridien pour les Portugais ( le Brésil est à l’est de ce méridien). Le siècle de la domination espagnole sur les Amériques commence par la colonisation de toutes les terres. Les conquêtes d’un monde juste à présent inaccessible aux européens continuent. Les portugais s’installent à Macao en Chine en 1522. Car le moteur de ces découvertes est le commerce des épices et l’exploitation des mines d’or en Afrique. Une épice particulière, le clou de girofles n’est produite que par les Moluques, un archipel indonésien. Il rapporte des fortunes aux armateurs qui arrivent les premiers. Un Portugais Magellan, connaît la route des Indes par l’est. Mais lui aussi pense que la route de l’ouest est plus économique que celle de l’Est. En fait il sous-estime et la circonférence de la terre, et la limite australe du continent américain qu’il pense situé au 40e parallèle.
Les portugais boudent la route de l’ouest
Son projet est réfusé par le roi du Portugal, Manuel 1er dit le Grand, inquiet de voir son monopole de la route africaine battu en brèche. Encore une fois c’est l’Espagne qui profite de la grande expérience de Magellan et de cette opportunité d’ouvrir la route des Indes par l’ouest. Magellan passe donc au service de la couronne espagnole en 1519 et trouve des armateurs pour financer 5 navires. L’expédition est périlleuse, car une fois l’estuaire du Rio de la Plata (Buenos Aires) au 36e parallèle passé, c’est l’inconnu. Et Magellan cherche le passage au 40e parallèle qu’il ne trouve pas. Car le futur détroit de Magellan, le premier passage vers le Pacifique se situe au delà du 50e. Ce qui nécessite plusieurs mois de navigation supplémentaire au grand dam des équipages qui se mutinent. Magellan s’en sort par une répression sévère. Trois capitaines sont exécutés. Stéphane Sweig, raconte remarquablement cette épisode dans sa biographie de Magellan. Magellan est un grand capitaine. Il persiste trouve enfin le passage vers l’Asie par le passage qui porte son nom et franchit cet immense océan, qu’il a nommé le Pacifique. Il atteint les Philippines en 1521. Son serviteur, Enrique, qu’il avait pris à son service en 1511, quand il était aux Indes, comprend la langue de ces Philippins, car il est originaire de ces îles. C’est donc le premier homme à avoir fait la circum-navigation. Magellan n’aura pas cette chance, car il meurt stupidement dans une bagarre entre peuples philippins. Son expédition n’a pas rapporté la fortune promise aux commerçants espagnols. Et on comprend que cette route vers l’Ouest n’est pas rentable par le sud. De fait les Espagnols préfèrent passer par un transfert de charges, l’isthme de l’Amérique centrale pour commercer vers l’Asie.
Magellan donne à l’humanité la certitude d’un monde aux limites finies!
Mais cette expédition a permis une avancée considérable dans la connaissance du globe terrestre et de sa cartographie. La maîtrise de ces connaissances a donné aux Européens une avancée considérable sur les autres peuples d’Asie. Bien sûr le partage du monde décidé entre les espagnols et les Portugais, confirmé à l’est par le traité de Saragosse en 1529 qui fixe le méridien de séparation du monde espagnol de celui des Portugais dans le Pacifique, n’a pas tenu longtemps, avec l’émergence au XVIIe siècle de nouvelles puissances maritimes, les Hollandais, qui ont délogé les Portugais de l’Indonésie et des Indes, puis les Anglais qui conquièrent l’Amérique du Nord, et les Français. La Patagonie, ce territoire partagé entre le Chili et l’Argentine, et qui termine la péninsule américaine au sud n’a été véritablement exploré qu’au XIXe siècle. Il a fallu trois traités dont le dernier en 1982 pour apaiser les tensions territoriales entre le Chili et l’Argentine, nées d’une mauvaise connaissance de ces territoires révélées par Magellan.
