Louis le Pieux, dernier fils survivant de Charlemagne, régna de 814 à 840, en tant qu’empereur. Mais il fut couronné roi d’Aquitaine en 781, c’est à dire à l’âge de 3 ans, jusqu’au décès de son père. En dépit d’une postérité qui va l’affubler du surnom de débonnaire depuis le XIIe siècle, il n’a pas démérité des qualités guerrières que chaque Franc attend de son chef comme il est de coutume. Il est armé par son père en 791 à l’âge de 14 ans, mène le siège de Huesca en Espagne musulmane en 797, à vingt ans, prend la tête de l’armée en 800 et conquiert Barcelone, échoue devant Tortosa en 809, mais atteint l’Ebre en 811. Une fois empereur, il mène une expédition . victorieuse contre les Bretons de Morvan en 817. Il a pu aussi faire preuve d’une certaine cruauté dans la gestion de sa succession en éliminant son neveu Bernard, fils de son frère Pépin qui s’était rebellé contre l’Ordinatio Generali de 817, le capitulaire qui organisait la division de son empire à sa succession entre ses trois premiers fils, Lothaire, Pépin et Louis. Ce capitulaire (une loi organisée en chapitres) est important car il fait émerger la notion d’unicité de l’empire, indivisible par nature. Il associe son fils ainé, Lothaire, comme empereur en même temps que la promulgation du capitulaire, l’empire étant la formulation politique idéale de l’Eglise, associant l’Empereur sacré à Rome au roi David qui règne sur la nouvelle Jérusalem. Mais aussi il perpétue la coutume germaine franque de la division du royaume entre ses fils. Lothaire 23 ans, coempereur, reçoit l’Italie, Pépin l’Aquitaine, et Louis la Bavière. Ainsi ce capitulaire crée une tension dans l’empire entre le principe d’unité, que des prélats comme Agobard, promeuvent au nom de l’unicité chrétienne, l’empire étant l’incarnation politique de l’Eglise universelle et la vieille coutume franque de la division du royaume si commode au grands aristocrates pour faire valoir leur pouvoir local. Le principe de l’unité du royaume se concrétise par exemple par la réforme de la règle bénédictine de Benoit d’Aniane qui oblige la plupart des monastères de l’empire à l’adopter, et une uniformisation des règles du commerce notamment en fixant les taux de prélèvements du tonlieu prélevé dans les deux ports principaux carolingiens, Quentovic et Dorestad, avec le capitulaire de Nimègue en 825. Le principe de la division du royaume résiste à cette aspiration unitaire par les propres contradictions de l’empereur Lothaire lui-même, et ce fut sa grande faiblesse que l’historiographie a mise en avant pour évoquer son règne. En effet, par suite du décès de sa première épouse en 817, il se remarie avec Judith, réputée belle, et de cette union nait un fils en 823, Charles. Aussitôt Judith revendique pour lui une part de l’héritage, et qui aboutit à un nouveau partage de l’empire en 829 à Worms au profit de Charles. S’en suit la révolte des premiers fils de Louis, Lothaire en tête, avec l’appui de certains prélats comme Agobard, archevêque de Lyon, qui accuse Louis 1er de parjure et de rompre l’unité sacrée de l’Empire. Il soutien Lothaire, sensé incarné cette unité de l’Empire. Une guerre civile s’ensuit avec des rebondissements multiples, dont la déposition de Louis 1er pendant deux ans en 835-837, puis au partage définitif de l’empire en 843 au traité de Verdun, entre les trois fils survivants, Lothaire qui garde la couronne impériale, Louis le Germanique et Charles le Chauve, après la mort de Lothaire en 840. C’est la fin définitive de l’unité européenne incarnée par trois siècles de domination franque mérovingienne et carolingienne ( 511-843).
