Chronique no 7
Après la pénitence d’Attigny, on peut parler d’un parti épiscopal dont Agobard devient l’un des leaders ; En effet c’est dans cette période qu’il est le plus productif dans ses textes récriminant à l’égard de la politique de Louis le Pieux, près de la moitié de son œuvre. Deux thèmes majeurs, celui de la restitution des biens de l’Eglise spoliés par les Grands, et sa diatribe anti judaïque en prenant pour cible les privilèges accordés par Louis le Pieux aux juifs. Ecarté ou volontairement, il ne participe pas aux plaids de louis le Pieux entre 822 et 830 ; il est écarté du concile de Paris en 825 qui statue sur la querelle des images relancée par Byzance. Mais son influence progresse dans l’opinion ecclésiale et il n’hésite pas à tancer la politique de Louis en écrivant au comte Matfrid d’Orléans, un proche de Louis sur les « injustices », lettre datée entre 826 et 828. Il réunit avec lui les évêques Faof de Chalon sur Saône et Barnard de Vienne pour écrire directement à Louis le Pieux sur « l’erreur juive ». On ne sait pas qu’elle fut la réaction de Louis le Pieux, car nous n’avons aucune trace de réponse. Ce dernier reste actif sur le plan militaire mais sans réel efficacité. Ses expéditions, en Aquitaine en 822-823, en Italie 824 en Bretagne en 826 s’apparentent plus à des opérations de police que de guerre et l’expédition en Espagne contre les arabes en 827 est un sérieux échec et son prestige en pâtit. Sur le plan politique, Louis poursuit sous la pression des évêques de son entourage la réforme de son empire et de l’Eglise. Il faut bien comprendre la mentalité de tous les acteurs publics de cette époque, leur volonté de se conformer à la vérité du Christ, afin de sauver le peuple et de le conduire le plus saintement possible vers le salut éternel. Selon Mayke de Jong, « Admonitio, correptio, increpatio, sont les éléments de langage de l’avertissement, de l’admonestation et de la réprimande, et tentent de fournir un contexte aux modes d’adresse qui ont trop souvent été compris comme une critique purement « politique » et unilatérale du souverain ». La radicalité du parti épiscopal confondant l’unité ecclésiale avec celle de l’empire finit par se retourner contre Louis le Pieux lui-même. Elle se traduit par la tenue de 4 conciles (Mayence, Lyon, Toulouse et Paris), convoqués « à la demande de Louis et Lothaire, empereurs ». Sous l’impulsion de Wala[1], l’objectif de Lothaire est de remédier aux désordres de l’empire et de réformer l’Eglise. Nous n’avons les sources que de celui de Paris tenu en 829. Ses canons, 94 chapitres, sont explicites pour une moralisation poussée de l’action publique et la revendication des évêques à un rôle politique, celui d’être les censeurs de l’action publique tant pour la plèbe, que les clercs, que les Princes. 24 évêques y participent et signent les actes conciliaires, dont Ebbon, archevêque de Reims, Jesse évêque d’Amiens et Jonas d’Orléans. Mais pas Agobard qui préside celui de Lyon dont on n’a pas les traces. Dans le long préambule des actes du concile de Paris, on peut lire : « Désireux de veiller sur l’ensemble de l’Église qui leur est confiée et pesant avec justesse, par un jugement éclairé, l’urgence d’une telle nécessité, ces princes ont humblement jugé qu’il n’était pas de leur ressort de traiter seuls cette affaire. »[2] Cela en dit long sur l’évolution du rapport du pouvoir entre les évêques et les empereurs. Les premiers inclinant vers une théocratie épiscopale, c’est-à-dire exercer un ascendant sur le pouvoir politique et les deuxièmes profondément marqués par la crainte du jugement de Dieu. Le canon 50 est consacré au repos du dimanche et rappelle que si les juifs respectent sabbat, les chrétiens aussi doivent respecter le repos dominical. Curieusement, il demande qu’aucune assemblée y compris les marchés ne se tiennent le dimanche ; ce qui peut prouver que les écrits d’Agobard aient influencé les 24 évêques du Concile de Paris. Mais aussi que la contestation épiscopale du pourvoir de Louis se manifeste chaque jour plus perceptiblement.
La semaine prochaine, j’évoquerai les deux grandes crises du règne de Louis le Pieux, 830 et 833 et le rôle d’Agobard dans ces événements.
[1] Wala de Corbie, (772-834), cousin germain de Charlemagne, abbé de Corbie, initiateur de la grande réforme de l’Eglise.
[2] MGH, Concilia aevi Karolini, pp. 605-680


Quelle image préférez vous? Mistral ou GPT?