La présence des juifs dans l’Occident date de l’empire romain. Déclaré licite par Jules César, la religion des juifs à Rome a pu être pratiqué au même titre que les autres cultes religieux que celle officielle de Rome. Au IIIe siècle, leur présence est nombreuse à Rome attestée par les nombreuses épigraphies de leurs tombes, recensée par le dominicain Jean-Baptiste Frey. Les juifs romains sont issus des razzias opérées par les armées romaines en Judée à la suite de deux grandes révoltes, la première réprimée par Vespasien et son fils Titus en 70 (date de la destruction du Temple) ; la seconde celle de Bar Khorba en 135 qui s’est terminée par la destruction de Jérusalem en 135 sous Hadrien. Citoyens romains à partir de l’édit de Caracalla en 212, ils se dispersent dans les régions de l’empire. Notamment dans la région Narbonnaise, alors grand port romain, puis le long du couloir rhodanien. Cependant nous n’avons très peu de traces archéologiques de leur implantation de cette période. Leur situation se détériore par suite de la christianisation de l’Empire, et de la parution du code théodosien, compilation des lois romaines promulguées sous Théodose II en orient en 438 et Valentinien en Occident l’année suivante. Le code comporte un chapitre VIII du XVIe livre, consacré aux juifs. Ils subissent une discrimination, la volonté de l’Eglise étant d’empêcher toute proximité des chrétiens qui ont encore des pratiques judaïsantes ( comme suivre le sabbat), des juifs. Ils ne peuvent plus porter d’armes et sont donc exclus de l’aristocratie guerrière. Les mariages mixtes sont interdits et ils ne peuvent avoir des esclaves chrétiens du moins ils leur sont interdits de les circoncire. Enfin certaines charges publiques leurs sont fermées. A la suite de l’effondrement de l’empire romain, des « lois romano-barbares » comme celle du bréviaire d’Alaric ou celle Papinienne des Burgondes promulguées au début du VIe siècle, reprennent en partie certaines interdictions discriminantes des communautés juives. Mais pour l’ensemble, ils gardent toute leur capacité civile de faire du commerce, de posséder des terres et vignobles, et de pratiquer leur religion qui reste tolérée alors que le paganisme est éradiqué dans les nouveaux espaces franc, wisigothique et alaman. On a des traces de ces communautés juives dans des sources narratives, comme celle de Grégoire de Tours, l’histoire des Francs (VIe siècle), les Chroniques de Frédégaire (VIIe siècle), et entre autres dans la biographie de Charlemagne d’Eginhard (IXe siècle) et celle de Louis le Pieux de Thégan de Trèves. S’il y a bien eu à la fin du royaume wisigothique au VIIe une politique répressive des juifs en Espagne avant la conquête des arabes, les juifs dans l’espace européen ont pu continuer de prospérer et de s’installer toujours plus au nord dans les nouveaux centres du pouvoir carolingiens. Certains historiens, comme Michel Rouche, Jacques le Goff, parlent même d’une période favorable aux juifs sous les carolingiens. Mais c’est surtout au regard de ce qui s’est passé à partir du XIe siècle et les siècles suivants. Car les politiques mérovingiennes et carolingiennes vis-à-vis des juifs sont empreintes d’un grand pragmatisme. Reconnaissant leur utilité économique, certains d’entre eux, s’imposent comme fournisseurs de la cour, participent à la vie des cités, voire bénéficient de privilèges des empereurs pour pratiquer leur commerce. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ils n’ont pas plus de droit que les chrétiens qui parfois les désignent à la vindicte populaire par calcul pour les éliminer de la concurrence. L’Eglise cependant supporte plus ou moins bien ce pragmatisme politique des rois et empereurs à leurs égards. Sa doctrine à leurs égards est tiraillée entre son universalisme et une volonté de les conserver comme témoin de la passion du Christ.
La semaine prochaine j’évoquerai les doctrines de l’Eglise à leurs égards à la fin de l’empire romain puis l’évolution de ces doctrines tout au long des siècles mérovingiens et carolingiens.
