Attigny 822, la pénitence de Louis 1er !

Chronique no :6

En 818, Bernard, fils de Pépin d’Italie mort en 810,  et donc petit-fils de Charlemagne et neveu de Louis 1er, se révolte contre lui après avoir été écarté de la succession lors du plaid de 817 à Aix la Chapelle. Le capitulaire « Ordinatio Imperii » promulgué à l’occasion de ce plaid organise la succession de Louis selon la coutume franque et de la façon suivante : à Lothaire fils ainé, l’Italie, Pepin l’Aquitaine et Louis son dernier né, la Bavière. Mais pour la couronne impériale, le principe de l’indivisibilité est acquis et revient à Lothaire au titre d’un nouveau droit d’ainesse. Ses deux frères lui doivent allégeance. Et pour formaliser le principe de la transmission de la couronne impériale, Lothaire est sacré co-empereur à Aix la Chapelle en septembre 817. La révolte de Bernard est légitime selon la coutume franque. Logiquement, seul héritier de Pépin, il devait recevoir le royaume d’Italie. Pourtant, il reçoit peu de soutien, sauf celui de Théodulf d’Orléans, évêque de la ville et d’un comte lombard Evrad. Sa révolte tourne court. Il est arrêté, condamné à avoir les yeux crevés et meurt aussitôt. Ce meurtre est une tâche dans l’univers moralisant de l’Empire. En effet sous l’impulsion de Benoit d’Aniane[1],  Louis se lance dans une vaste réforme des monastères afin de les unifier sous la même règle bénédictine réformée par Benoit. On assiste à une montée d’un climat pénitentiel, relayé par les différents conciles qui se succèdent pour moraliser la vie publique. De fait, l’entourage ecclésiastique de Louis le pousse à faire acte de contrition. L’historienne Mayke de Jong considère cet acte de repentir comme un véritable acte de gouvernement afin de permettre à Louis de reprendre le leadership en intégrant la critique épiscopale au lieu de la subir. L’historienne parle d’une ritualisation de l’aveu qui permet à Louis de réintégrer la communauté des fidèles dont il s’était coupé par le meurtre du petit-fils de Charlemagne. Ce n’est pas une humiliation mais « un outil maitrisé du récit à caractère pédagogique de ce nouvel état pénitentiel ». Louis fait de la morale pas la guerre ! L’acte de repentir à lieu à Attigny, résidence mérovingienne et carolingienne dans les Ardennes, en 822. Il aboutit à un processus de défiance progressive des aristocrates, inquiets de l’envahissement du pouvoir par le milieu ecclésial, de l’inclination de Louis vers une posture morale au lieu de garder un rôle de chef de guerre. En effet, outre le fait qu’il a mécontenté quelques Grands par une politique répressive vis-à-vis des aristocrates italiens proche de Bernard, il ne conduit plus lui-même ses armées au combat à partir de 819. Des expéditions contre les Bretons, les Slaves Abrodites, les Sorabes puis les Wilses en 821 se terminent sans réelles conséquences. Et le désir de ces peuples de s’affranchir de la tutelle carolingienne reste intact. L’empire n’est plus dans une phase de conquête qui permettait de récompenser les belliqueux aristocrates. Il est dans la défense. Son mariage en 819 après le décès de sa première épouse, Ermengarde de Hesbaye, avec Judith de Bavière qui intrigue et met au monde Gisèle en 820, suscite l’inquiétude de l’aristocratie proche des trois fils du premier mariage. Ainsi cet acte de contrition ne remplit pas les objectifs initiaux. Les Grands de l’Empire commencent à se défier de Louis et de sa capacité à gouverner l’empire. Cette pénitence est un tournant dans le règne de Louis. Les épreuves commencent. Agobard qui a assisté à la cérémonie, est furieux. Car à l’occasion de cet événement il n’a pas pu convaincre l’assemblée de son traité sur la disposition des biens ecclésiastiques ( de dispensatione rerum ecclesiasticarum). Il avait entrepris de le lire à l’assistance sans préparation préalable. Certains aristocrates qui ont profité de l’usurpation de ces biens d’Eglise lors des conquêtes de Charlemagne et de son père Pépin le Bref se sentent visés. Un malaise s’installe entre Louis à la posture moralisante et les grands du royaume.   

La semaine prochaine, l’éloignement progressif d’Agobard de Louis le pieux dans les années 820.       


[1] Benoit d’Aniane, (750-821), fils du compte de Maguelone, près de Montpellier, est un grand acteur de la renaissance carolingienne. Il fonde l’abbaye d’Aniane dont il devient l’abbé. Il est le réformateur de la règle bénédictine des monastères de l’empire.   

La pénitence d’Attigny, telle imaginée par Henri Martin, auteur de l’Histoire de France populaire entre 1867 et 1874. Une histoire aussi populaire que celle de Michelet. Cette image n’a rien à voir évidemment avec la réalité. La pénitence de Louis s’est faite en dehors de la présence du Pape Pascal 1er coiffé ici d’une tiare anachronique, de même les évêques de cette époque ne portaient pas encore la mitre. Enfin la solennité de l’édifice palatial n’est corroborée par aucune trace archéologique. La résidence d’Attigny était une construction légère vraisemblablement en bois.  
Attigny, (07) Place Charlemagne. La commune est située dans le vallage ardennais de l’Aisne, prés de Rethel.