
C’est le personnage principal de mon mémoire. Il est né en Septimanie vraisemblablement, c’est-à-dire à Narbonne, qui a été longtemps sous l’emprise des Wisigoths avant que les arabes omeyades ne les conquièrent après 711. On a souvent prêté à Agobard une influence espagnole, celle d’Isidore de Séville (560-636) qui a écrit un traité à connotation anti-judaïque sur les juifs, très populaire dans le clergé mérovingien. Il fut repéré à Narbonne par Leidrade en mission dans la région, et l’accompagna à Lyon aux environs de 792. Leidrade y fut installé comme archevêque par Charlemagne lui-même avec la mission de restaurer l’Eglise Lyonnaise alors malmenée par les entreprises guerrières de Charles Martel et Pépin le Bref. Son rapport qu’il adressa à Charlemagne et dont on a des copies d’époque est la synthèse de toute son action de réformes des liturgies dans les églises de son diocèse, de la restauration des édifices depuis l’an 800. De fait il a pu s’appuyer sur ses chorévêques Agobard et Adalbert pour l’aider dans sa mission. Mais fatigué et malade il se retire vers 816 et nomme Agobard à sa succession. Celui-ci est considéré comme l’un des principaux intellectuels de son siècle ; il incarne avec entre autres Alcuin, Raban Maure, Hincmar de Reims, ce qu’on appellera plus tard de petite renaissance carolingienne. De fait son influence sera européenne. Outre son œuvre pastorale très importante dans son diocèse, il fut un débatteur réputé dans les disputes doctrinales qui sévissaient à cette époque. Il combattit l’Adoptianisme et pris une position originale sur la doctrine iconoclaste qui renaissait à Constantinople. Mais ce qu’il le fit connaitre c’est sa rupture avec le pragmatisme doctrinal de l’église gauloise issue des mérovingiens ; partisan de l’unité chrétienne de l’empire, il ne tolérait pas les lois personnelles issues des droits romano-barbares du VIe siècle et qui ont permis l’intégration des minorités barbares alors dominantes dans la société gallo-romaine. Il combattit par exemple la loi burgonde qui régissait les règles de preuve dans les procés à Lyon. Il encouragea l’uniformisation des lois de l’empire voire une théocratisation de l’Empire, l’empereur censé instaurer l’ordre de Dieu dans son empire. Sa radicalité s’est concrétisée dans l’affichage assumé d’un antijudaïsme virulent, considérant le judaïsme comme une altérité insupportable à la manifestation de la vérité du Christ. Cinq lettres adressées à l’entourage de l’empereur dans la période de 820-830, dénoncent les privilèges accordés par Louis le Pieux à des Juifs, le fait qu’ils puissent posséder des esclaves chrétiens ou qu’ils puissent empêcher de baptiser les esclaves païens. Mais cet antijudaïsme traduit aussi une différence de conception de l’exercice du pouvoir religieux vis-à-vis des laïcs. Car dans sa conception d’un christianisme universel, il considérait que l’empereur devait autant si soumettre que n’importe quel chrétien. Et ses positions doctrinales se transformèrent progressivement en opposition politique à Louis le Pieux Je reviendrai sur l’épisode de sa déposition temporaire dans le conflit qui opposa Louis le Pieux à ses fils en 832-835. Il fut réhabilité en 838 dans son diocèse grâce à l’action de Florus, son diacre et mourut en 840, la même année que Louis le Pieux.