Chronique no 12
Dans ma chronique no 8, petite et grande crise, j’ai raconté comment Louis le Pieux a réussi à conjurer les deux putschs fomentés par ses fils. En 835, lors d’un plaid à Thionville, Louis le Pieux dépose en représailles les évêques qui ont assisté à son humiliation de 833 à Soissons, où il avait dû céder le pouvoir à son fils Lothaire, et même subir l’anathème d’Ebon, archevêque de Reims. Agobard soutien de Lothaire, y assista . Aussi est-il à son tour déposé de son diocèse de Lyon, comme ses collègues de Narbonne, Barthélemy, d’Amiens Jesse , et surtout Ebon, l’archevêque de Reims. Ils sont exilés en Italie et rejoignent Lothaire 1er, prié de ne plus franchir la frontière de son royaume d’Italie, sans autorisation du père. Agobard est remplacé par Amalaire dans son diocèse. Amalaire de Metz est un grand prélat de l’époque carolingienne. Il fut élève d’Alcuin, écolâtre à Aix la Chapelle. Il est remarqué par Charlemagne qui le fait désigner archevêque de Trèves de 809 à 813. Puis il fut envoyé par Charlemagne en ambassade au près de l’empereur byzantin, Michel 1er . Il séjourne à Rome près du pape Grégoire IV en 831. Il achève ses travaux sur les chants de la liturgie romaine qui a été introduite à Metz. Il est le réformateur zélé de la réforme de la liturgie de l’Eglise gauloise. Metz est en effet le premier diocèse en Gaule à avoir introduit le rite romain dans la liturgie des messes, notamment dans l’organisation des chants messins, sous l’épiscopat de Chrodegang (742-766). C’est à Metz qu’émerge les premiers chapitres des cathédrales en Gaule pour fixer les clercs dans une organisation d’un mode plus monacal. Charlemagne et Louis le Pieux, ont été les ardents défenseurs de la romanisation de l’organisation de l’église des Gaules et de la réforme de sa liturgie dans un soucis d’unification des territoires de son royaume puis de l’Empire. Il y a bien dans cette volonté celle sincère d’amener leurs peuples dans le royaume de Dieu, une mission dont ils se sentent investis et symbolisée par le sacre , lors de leur couronnement. Mais aussi, ils y voient un intérêt bien politique d’amener par cette réforme de l’Eglise à une unification des peuples de l’Empire. Amalaire donc fait partie de ce grand élan intellectuel qui caractérisa le siècle carolingien. Il a rapporté de Rome un antiphonaire, livre de chants liturgique qu’il a complété et tenté d’introduire dans l’Eglise de Lyon dès son arrivée dans le diocèse de Lyon. On ne sait pas exactement s’il a été nommé évêque ou administrateur du diocèse. En fait ce sont les lettres de Florus, le diacre d’Agobard, qui désignent spécifiquement Amalaire et son rapport du concile de Quierzy en 838 ne laisse aucun doute sur son hostilité à Amalaire qu’il accuse d’hérésie. Les annotations injurieuses qu’il ajoute sur le travail d’Amalaire, de officiis de ecclesiasticii, traité sur la liturge écrit en 823, révèle même une attitude peu habituelle qu’un diacre devrait avoir vis-à-vis de son archevêque, surtout Amalaire qui a une réputation qui le précède. Cela reflète l’hostilité du clergé de Lyon à la déposition d’Agobard, qui depuis vingt ans avait continué le travail de restauration de l’Eglise de Lyon entamé par son prédécesseur Lesdrade. Et de fait Agobard continue de loin à influencer son diocèse. J’en veux pour preuve sa lettre à Louis le Pieux, contra libros quatuor Amalarii, qui le convainc de convoquer un synode à Quierzy en 838, présidé par Drogon, demi-frère de louis le Pieux et archevêque de Metz, pour juger les écrits d’Amalaire et sa réforme de la liturgie à Lyon. En fait, Amalaire est tombé dans un traquenard car malgré une présentation théologique de son discours sous forme très allégorique, les critiques véhémentes de Florus , sur une soi-disant remise en cause de l’unité du Corps du Christ, et on connait le discours très unitariste de l’Eglise de Lyon, finit par convaincre les évêques du Synode de juger les écrits d’Amalaire comme hérétiques ! C’est une grande victoire pour Agobard ! On peut même préciser sa première victoire ! car c’est là le paradoxe, de voir Agobard triompher alors qu’il est exilé, lui qui pendant vingt ans n’a pas réussi d’obtenir la moindre réponse à ses nombreuses requêtes de sa correspondance à l’Empereur, et par un synode présidé par l’Archevêque de Metz, Drogon, dont est issu Amalaire, et dont l’Eglise est à la pointe de la réforme liturgique romaine de l’Eglise franque ! Victoire cependant sans lendemain. Car c’est bien l’antiphonaire d’Amalaire et ses travaux sur la réforme liturgique de l’Eglise qui fut appliqué dans les royaumes carolingiens !

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