Lors d’un salon du livre au Touquet et voulant faire une escapade en dehors de ma période d’études, j’ai acheté la biographie de Franck Ferrand sur François 1er, paru chez Flammarion en 2014. J’ai en mémoire les excellentes émissions de radio de Franck Ferrand sur Europe 1, l’après-midi. C’est un excellent narrateur et il s’exprime dans une langue française agréable et rigoureuse. Mais à la lecture de sa biographie de François 1er, le livre m’est tombé des mains. Certes, tout historien se doit de revisiter les mythes véhiculés par les instituteurs, ces hussards noirs de la République du XIXe siècle nourris au roman national de Michelet. C’est ce qu’on appelle dans le jargon sorbonien, déconstruire l’histoire officielle pour reconstituer une vérité par une étude approfondie des sources, une histoire globale de cette période. Mais ici, l’entreprise s’apparente plus à celle d’une démolition qu’à une déconstruction. D’emblée Ferrand adopte une attitude contraire à celle d’un historien qui respecte une certaine « neutralité axiologique », c’est à dire une distance par rapport à son sujet mais aussi par rapport à ses propres critères de valeur, souvent issues d’un éducation reçue lors de son enfance et de la société moderne dans laquelle nous vivons. Selon Ferrand, François 1er, jadis phare de la Renaissance française, promoteur de l’unité française, et de l’art français, ne serait qu’une grosse baderne, remplie d’orgueil, de fatuité et sous l’emprise de ses pulsions narcissiques et sexuelles, dominé par sa mère et sa soeur. Rien ne trouve grâce à ses yeux, ni les guerres d’Italie, ni l’Edit de Villers-Cotteret, ni les châteaux sur la Loire; ni sa politique religieuse sans compter sa politique étrangère qu’il juge désastreuse. A croire que la France de 1647 (date de sa mort) est en lambeaux., ruiné ! Ce n’est plus un historien soucieux de contextualiser les décisions de François 1er, mais un procureur à charge, ne retenant que des éléments de contexte dans un but téléologique. L’histoire a besoin du récit, de narrateurs. Car sinon elle devient absconse. Mais la narration ne doit pas être détournée à des fins personnelles, celles de satisfaire son égo et ses préjugés que chaque être humain a ! C’est le propre du politique d’imposer sa vision de la société, quitte à revisiter l’histoire en l’interprétant à l’aune de ses valeurs; comme le fait Eric Zemour par ex; mais l’historien, lui ne peut céder à cette tentation . Il doit faire preuve d’une probité intellectuelle, car il produit un savoir.

Les réseaux sociaux, l’émergence des populistes, l’insupportable propagande des dictateurs, font appel souvent à l’histoire pour justifier leurs actes; les journalistes souvent renversent l’échelle des valeurs et produisent une critique systématique des discours politiques en affirmant leurs propres système de valeurs. Le métier d’historien consiste à déconstruire leurs arguments des uns et des autres, à dégager la scène de l’histoire du fatras des préjugés, idées fausses et manipulations des sources. Gardons nous donc de juger les actes de nos anciens dirigeants. Plus dure est de démontrer qu’elles ont été les conséquences de leurs actes sans moralisation du récit. N’étant pas spécialiste de François 1er, je ne puis apporter un éclairage sur son règne qui ne soit valablement documenté. Mais de grâce n’abimons pas ni ne glorifions nos ancêtres gouvernants.

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